jeudi 4 août 2016

A propos de Basquiat - Irony of the Negro policeman .


On ne présente plus Jean-Michel Basquiat artiste phare de l'art Américain du  XX e siècle . Basquiat est aussi très hype et tout le monde aime Basquiat. Appréhender Basquiat est beaucoup plus difficile je n'ai pas la prétention d'affirmer avoir accompli cette mission .
Je ne fais pas de bio de Basquiat car sa biographie est intense et dense et je ne suis pas très bonne pour ce qui est de synthétiser  (et un peu flemmarde j'avoue) mais il est intéressant et même important de lire et de connaître un peu la vie de l'artiste .  Personnellement Il y'a deux choses qui m'ont toujours  attirée chez Basquiat l'espèce de légende qui accompagne sa carrière ( de peintre de rue à pote de Warhol , sa mort à l'âge de 27 ans ... ) et  son rapport à son identité noire  ce qui est bien le sujet de ce Irony of negro policeman de 1981 .

Jean-Michel Basquiat - Irony of  Negro policeman , 1981 , Néo-Expressionnisme , 122X183cm , Collection privée


L'œuvre correspond à la première période de l'art de Basquiat , une époque qui se caractérise par une fascination pour l'anatomie et l'esthétique des masques . Basquiat se présente déjà comme commentateur de la société (américaine notamment ) . Dans cette œuvre de 1981 , l'artiste se penche donc sur plusieurs thématiques : le contrôle des noirs  par la société blanche , la complicité de certains noirs à la machine institutionnelle ou encore l'aliénation .
Cette œuvre comme ces questionnements se placent dans un contexte historique .
Le policier américain d'aujourd'hui porte un héritage historique .  On retrouve parmi cet héritage la figure du  shérif  ou du Marshall  personnage  hérité de la tradition britannique or ces derniers étaient responsables de différentes missions parmi lesquelles la capture d'esclaves marrons (fugitifs) . Ce qui place notre black policeman dans une lignée ambiguë . Concrètement les relations entre Police et citoyens noirs n'ont jamais été apaisées en témoigne des évènements comme les émeutes de Watts provoquées par l' affaire Rodney King , ou les meurtres récents d'hommes ou de femmes noirs par la police qui font régulièrement l'actualité .
L'institution qu'est la police  se présente donc comme un relais du pouvoir blanc dans une dimension traditionnelle. Le plus grand reproche qui peut être fait  au policier noir c'est de se mettre au service de ce pouvoir blanc . Le noir qui choisirait d 'y prendre part constituerait alors une ironie pour Basquiat car il contribue ainsi à maintenir un système qui désavantage et oppresse sa propre communauté. On retrouve dans l' œuvre une réflexion sur l'aliénation du Noir , le chapeau fait de
barreaux apparente l'esprit à une cage . Le corps  est constitué d'une grosse masse noire . Basquiat 
veut représenter l'idée d'un pouvoir imposant mais deux parties du corps sont séparées , dissociées. Cela marque les deux facettes de l'individu : noir et policier que l'artiste juge incapable de fusionner. De même sous le visage noir se détache une figure blanche . Le visage noir qui prend l'aspect d'un masque porte une symbolique puissante mais ambiguë   Basquiat remet-il en question l'identité noire même du policier ou considère t'il qu'il est aliéné au point de se penser blanc  (ou l'égal au Blanc) ? Il a après tout le même pouvoir répressif  .
On évoque souvent la formation des policiers qui serait raciste .Le policier noir serait tout simplement  un " blanc dans sa tête "ou aurait il été en quelque sorte "brainwasher" par une formation où l'on apprend à percevoir les noirs comme de potentiels suspects avant tout .
Cette réflexion on l'a retrouve dans une scène du film culte de J.Singleton  Boyz n the hood.

Un jour on se reparlera de Laurence Fishburne jeune parce que Laurence Fishburne jeune quoi !!!



Par la suite , ce que l'on considère comme la deuxième période de son art ( 1982 -1985) , Basquiat montrera encore plus son intérêt pour son identité noire et son statut d'observateur de la société américaine.

Jean-Michel Basquiat - Untitled , 1892


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