jeudi 14 avril 2016

A propos des skinhead noirs :subculture blanche et influence noire .

Tout commence par un choc visuel dans une expo photo à Londres. La photo d'un skin noir . Pourquoi ?Comment ? C'est pourtant bien cette subculture raciste qui a hanté mon enfance dans les années 90.
De fait pour que cette photo fasse sens pour moi j'ai du revenir aux sources du phénomène.

La subculture skin se place dans une continuité d' évolution des cultures jeunes . Une des premières subcultures britannique née dans les années 60 est celles des Teddy boys . Il s'agit d'un des premier regroupement de jeunes en subculture on entend par la des individus partageant des intérêts communs et une culture communes (vestimentaire,musicale...) se différenciant ainsi des cultures plus larges auxquelles ils appartiennent .  Ce mouvement parfois considéré comme précurseur de la subculture skinhead partage avec elle un important point commun : son origine prolétarienne. Le mouvement skinhead naît d’une revendication des jeunes prolétaires britanniques blancs ils s'agit pour ces jeunes issus de la classe ouvrière de tirer une fierté de leur origines prolétariennes dans une Angleterre traditionnellement clivée en terme de classe et ou les moins privilégiés ressentent très violemment le système de classes . Il s'agit donc de remettre en causes les conventions sociales et d'une forme de résistance à l'uniformisation et à l'assimilation des normes bourgeoises . On retrouve cette idée dans le look adopté par les skins . Nick Knight auteur de « Skinhead » explique par exemple que le crane rasé est liée à l'idée d'institution ou l'on plaçait les jeunes prolétaires , il étaient rasés dès leur arrivés pour éviter les infections , de même les vêtements de travail incorporé au look viennent rappeler les racines ouvrières . L'auteur parle d'un «  statut social déterminer à la simple vue de l'apparence ».
C'est là que l'on note l'influence de l'immigration afro-caribéenne notamment . Ces quartiers populaires londoniens notamment ( Lambeth, Brixton) et l'east end en général sont des lieux de rencontre ou évolue une jeunesse noire issus de l'immigration et jeunes blancs désœuvrés . Ces jeunes noirs ont un style particulier , une esthétique bien à eux celle du Rude boy ou Ruddie. Leur tenue classique se compose d'une longue veste noire ou d'un crombie , d'un pantalon noir révélant des chaussettes blanches des chaussures noires et plates , lunettes noires et chapeau pork-pie (ou stingy brims) complètent la tenue. On retrouve certains de ces éléments dans la garde-robe des skinheads dit de première génération. 


1981 Janette Beckman

Rude boy and rude girl


  Les clubs et salles de concerts sont aussi des lieux de rencontre entre les deux groupes. La chose importante à constater c'est que cette diaspora afro-britannique et Jamaïcaine notamment à crée une culture musicale unique et particulière certes celle-ci porte les marques du « motherland » mais elle devient en Angleterre un produit de la diaspora afro-caribéenne. Elle me semble d'autant plus intéressante qu'elle se détache de l'influence de la musique noire afro-américaine lui confinant un aspect originale . Cette musique évolue à force de nouvelles productions elle se diversifie du Rock steady au ska au blue beat jusqu'au Reggea . Le rythme plait au skinhead qui ont fait de la danse une de leur activité du vendredi soir . Les thèmes évoqués (drogues , pauvreté , arrestations , amours déçus) semblent aussi résonner et en adéquation avec le mode de vie de ces britanniques blancs. Il est aussitôt adopté par ces derniers. Malgré tout cela reste un style musical noir dans lequel on retrouve peu de musiciens blancs

Prince Buster : Ska / rock steady/ reggae performer , producer , record label and store owner.
Avec l'essor du rastafarisme cette musique prend un nouveau tournant . Le rythme se ralenti et les thèmes changent pour des thématiques liées à l'identité noire et le rejet de valeurs blanches. Une grande majorité de noirs se détournent alors du skinhead reggea ce qui si on ajoute la crise des années 80 et la « dérive raciste » du mouvement signe la fin des échanges et de l'influence des afro-britanniques et des skinhead blancs.

Il ne s'agit pas dans cet article de dédouaner l'aspect raciste et la violence inhérente au mouvement . C'est un mouvement où la violence à une place importante ( les vêtements par exemple sont pensés pour ne pas s’abîmer en cas de baston) . Ce qu'il faut comprendre c'est qu'il y'a dans un premier temps une connivence entre noirs et skins . Le mode de vie , la gouaille la personnalité extraverti des immigrés jamaïcains plaît aux jeunes skins prolétaires qui s'y retrouvent. Ils adoptent une attitude différente avec les immigrés d'origines asiatiques (sri-lankais,pakistanais,bangladais, indiens) qu'ils considèrent comme ayant une culture trop différente et par conséquent non-assimilable. Ce sont eux qui subissent la violence du mouvement dès ses débuts (on peut ajouter l'aspect homophobe ) . Ce qui m'a intéressée c'est de voir comment l'apport de population noirs à été plus ou moins oublié dans cette histoire , peu de gens savent que des noirs ont influencés les débuts de la subculture skinhead , qu'il existait des bandes de skinhead noirs cela est du en partie à l'évolution du mouvement à sa politisation et à son rapprochement avec des thèses racistes et fasciste . Le deuxième sujet intéressant et l’abandon (relatif) de cette culture par les afro-britanniques . Quand une culture noire est largement approprié il me semblent que nous noirs avons tendance à passer à autre chose ce qui contribue à nous effacer de l'histoire de cette culture , je pense notamment au Rock'n'roll que beaucoup  associent aux blancs et dont les débuts sont (trop) souvent symbolisé par Elvis.





artcomesfirst.tumblr.com


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