jeudi 14 avril 2016

A propos de la propagande raciste d'un magazine Polonais – Étude d'image .



Il y'a quelques jours le magazine polonais wSIECI a ,comme beaucoup d'autres en ce moment , décidé de verser dans la Une ouvertement raciste . Un gros titre «  le viol islamique de l' Europe » fait référence aux agressions sexuelles commise le soir de la saint-sylvestre à Cologne et dans d'autres villes d' Allemagne , il est accompagné par une photo de couverture illustrant ce titre. Cette couverture à fait polémique j'aimerais me pencher sur composition de cette image .




 La photo représente une femme blanche drapée dans le drapeau de l'Europe , elle est attaquée de toute part par des bras dont les mains lui agrippe les hanches , lui tiennent les mains , lui tire les cheveux et tentent de lui arracher son « vêtement » .
La figure centrale de femme blanche est sans ambiguïté une personnification de l' Europe , ainsi drapée dans le drapeau de l'Union Européenne elle nous renvoie à la figure mythologique d' Europe . En effet les textes de la Grèce antique nous raconte dans un récit l'histoire d'Europe princesse dont le nom finira par désigner le continent (une sombre histoire d'enlèvement qui comme souvent implique Zeus )  . Représenter (l') Europe sous les trait d'une femme , blonde drapée s'ancre donc dans une tradition iconographique .



Le Titien (1485-1576) , L'Enlèvement d' Europe , huile sur toile , Boston , Isabella Steward Gardner museum.



Traditionnellement Les figures féminines sont très souvent utilisées dans le cadre d'une personnification ou d'une allégorie . On trouve des exemples célèbre dans la peinture comme la représentation de la Liberté chez Delacroix : La liberté guidant le peuple  , ou toujours chez Delacroix mais plus proche de notre thème la Grèce : La Grèce sur les ruines de Missolonghi  . Dans la photo qui nous intéresse la figure féminine centrale présente une gestuelle exagérée et théâtrale . La tension des mains , le visage crispé , les traits altérés , tout contribue a figurer la souffrance et le calvaire de la victime .Il est intéressant de noter que les figures allégoriques de femmes souffrantes , esseulées sont légion dans l'iconographie de la propagande .  
Un exemple chez J.J Weerts , il représente ici les terres perdues de la France suite à l'annexion de l' Alsace – Lorraine par l' Allemagne en 1871 .

Jean-Joseph Weerts (1847-1927) , France!! ou l'Alsace et la Lorraine désespérées (1906) Huile sur toile
Il en va de même pour l'imagerie de la femme martyrisée , violentée . Un parallèle entre la Une du magazine et une affiche de propagande à été établit sur Twitter . On constate donc que cette iconographie mise au service d'un nationalisme n'est donc pas nouvelle.

Trouvée sur le compte de @ronanburtenshaw

Cette affiche de propagande fasciste Italienne datant de la seconde guerre mondiale peut totalement être mise en relation avec notre image tant les codes iconographiques sont similaires .
Dans les deux cas on nous renvoie ici a la supposée agressivité et bestialité de l' Autre , ici le noir , ailleurs le "basané", l'oriental . Cet étranger est alors perçut comme une menace pour le pays , la nation . Si  l'affiche fait appel aux sentiments machistes et patriarcaux du public italien avec légende qui l'apostrophe à coup de « cette femme pourrait être ta mère , ta fille , ta sœur... » , Cette femme est avant tout une représentation de l' Italie . La femme est alors un territoire et un territoire a conquérir c'est flagrant dans cette logique de guerre et d'invasion. Il faut alors se pencher sur cette thématique sexiste de la femme qui est alors une propriété et un symbole de l'invasion par l' étranger on retrouve cette dimension dans la propagande coloniale où la femme devient alors un moyen d'asseoir la conquête .
Affiche de propagande française


On retrouve dans cette affiche l'importance des mains . Celles de la femme qui repousse l'homme , qui se défend , c'est l' image d'une Italie combative mais toutefois menacée par ces mains noires qui viennent agripper la femme . Dans la photo on retrouve cet effet de menace avec en plus un caractère anonyme . Ces bras et ces mains (qui surgissent de partout mais viennent de nulle part ), ne sont reliées a aucun corps . La femme elle a un visage , des affects identifiables . Les bras nous offre donc juste quelques informations sur ces agresseurs anonymes , ce sont des hommes (pilosité abondante) , ils sont basanés (création d'un contraste avec la peau de la femme) , sûrement est-ce tout ce qu'on a besoin de savoir . L'absence de représentations concrète de ces hommes donne un sentiment d'universalité , ils peuvent être n'importe qui ou plutôt n'importe quel homme "basané . Je citerais un extrait billet du blog de Dalida Awada (dont je conseille vivement la lecture ) qui me semble pertinent : «Les hommes racisés n’ont pas le privilège de l’individualité, leurs comportements défaillants le seraient par essence culturelle. » Peu importe leur visage , peu importe que l'on puisse les identifiés ou non ils se valent tous et sont tous coupables de comportements similaires.
Il s'agit donc d'un effet de généralisation . La création d'un contraste entre les différente couleurs de peau et la violence manifesté par ceux qui ont la peau la plus sombre font que ces deux affiches nous présente une thématique de choc des civilisations. Toujours extrait du même blog . « La nouvelle communauté raciste voudrait nous convaincre que le discours culturaliste ne constitue en aucun cas du racisme, puisqu’on ne cherche pas à tracer une hiérarchie entre les groupes. Le problème résiderait dans l’incompatibilité des modes de vies. Certaines de ces cultures, on devine bien lesquelles, seraient nuisibles pour la préservation de celles considérées plus civilisées. »

Comme dans l'affiche de propagande il s'agit donc de titiller le patriotisme des Polonais . On est toujours dans la même rhétorique raciste.








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